A quelques jours de Noël, nous avons eu envie d’explorer la question des relations avec l’entourage quand on est un parent culotté temporairement immergé dans un environnement hostile. En effet, si vous avez fait des choix éducatifs radicalement différents de ceux du reste de votre famille, vous risquez de vous exposer, dans les jours qui viennent, à des remarques et autres critiques peu agréables. Alors comment répondre avec bienveillance à ces remises en cause de vos choix de vie?

C’est sur le blog Happynaiss que nous avons trouvé des éléments de réponse, à la fois justes et drôles, pour gérer au mieux les conversations délicates. Pour notre plus grand bonheur, l’autrice du blog a accepté notre invitation à partager dans notre Carnet d’exploration son article intitulé « Répondre avec bienveillance aux remarques qui en manquent ». Un grand merci à la Maman de Mademoiselle Carrousel pour ce kit de survie pour parents bienveillants !


Quand on met un pied dans la parentalité positive, la bienveillance éducative, le maternage, les pédagogies alternatives et toutes les pratiques qui, d’une manière générale, sortent un peu du cadre « traditionnel », on peut faire face, au mieux à de l’incompréhension, au pire à un rejet et à de virulentes critiques de la part de ceux qui font ou ont fait autrement.

Les commentaires sur mon blog et une discussion avec une amie m’ont donné l’idée de recenser ici toutes les petites phrases, tournures, réponses et astuces que j’emploie régulièrement pour faire face et essayer de communiquer ma vision des choses sans qu’elle soit perçue comme une critique frontale des autres façons de faire.

 

Bref, comment garder sa bienveillance face à un entourage qui en manque !

 

 

Les astuces « multi-usages »

 

Ce sont les phrases et techniques « tout-en-un » de l’industrie de la réplique : celles-ci, elles sont réutilisables à l’infini et s’adaptent à toutes les situations.

 

J’aimerais que mon enfant ait un rapport sain à… donc merci de…

L’idée du « rapport sain à… » fonctionne bien avec tout ce qui touche aux besoins physiologiques et psychologiques de l’enfant, tout ce qu’il devrait pouvoir gérer seul car il est le premier à savoir ce qu’il ressent : l’appétit, le sommeil, la continence (que je préfère à « propreté), les émotions, le respect de son corps… Généralement, personne n’a envie qu’un enfant ait un rapport malsain à quoi que ce soit, donc c’est difficile de riposter à cet argument et ça coupe court aux débats stériles qui peuvent s’installer quand on entre dans les justifications.

Exemple : c’est une phrase qui s’utilise particulièrement bien au moment des repas, si quelqu’un commence à marchander (« allez, mange et tu pourras jouer ! »), à faire du chantage affectif (« mange pour me faire plaisir « ), à moraliser (« il faut que tu manges pour grandir »), culpabiliser (« tu ne manges pas la bonne purée que j’ai préparé pour toi, ce n’est pas gentil ! »), disputer ou presser votre enfant de manger (ou de ne PAS manger !). Idem si le sujet de conversation de la tablée est centré sur ce que mange/ne mange pas votre enfant (mais elle ne mange rien, mais tu ne devrais pas céder, il faut forcer à goûter, il va être malade, regarde comment il chipote) ou sur ses manières à table… rien de pire pour couper l’appétit de votre enfant !

⇒ Vous pouvez dire : « J’aimerais que mon enfant ait un rapport sain à la nourriture et qu’il garde le contrôle de ses sensations physiques; qu’il mange quand il a faim et ne mange pas quand il n’a pas faim ou n’aime pas, tout simplement. Ce qu’il mange, ça ne regarde que lui. Est-ce qu’on peut parler d’autre chose et le laisser gérer son assiette comme chacun ici gère la sienne ? »

 

Chez nous / Dans notre famille, on….

J’aime bien cette tournure, qui permet d’impliquer le papa et de véhiculer l’idée d’un noyau familial soudé, qui décourage les mauvaises langues. Ça nous évite de passer pour l’hystérique de service qui a encore pioché dans son bouquin une théorie à la con qu’elle est la seule à pratiquer. Pour celles qui ont des soucis à se faire entendre dans leur belle famille, c’est une tournure très utile pour bien signifier (même si c’est faux !) que, malgré son lâche silence, le fiston chéri est d’accord avec nous. Elle peut s’utiliser pour à peu près tout, permet de glisser un mini-argumentaire tout en fermant le débat aussi .Ceci dit vous n’êtes pas à l’abri d’un « Et bien dans cette famille, on marche sur la tête ! » mais ça s’ignore assez bien.

⇒ Exemple : à la personne qui demande à votre enfant « d’arrêter sa colère » / « de ne pas faire sa colère », qui lui dit qu’il « n’est pas beau quand il pleure », qu’elle est « méchante d’être jalouse de sa sœur », de « ne pas faire son bébé qui a peur du noir »… vous pouvez dire : « Dans cette famille, on a le droit d’exprimer librement toutes ses émotions et de pas être jugé négativement pour ça. Les émotions, c’est la vie et ce sont elles qui construisent notre identité. X a le droit d’être en colère / triste / jaloux / d’avoir peur. Je lui fais confiance pour apprendre avec le temps à gérer cette émotion forte ».

Le grand pouvoir de cette tournure, c’est qu’elle n’accuse personne : chez nous, voilà comme on fonctionne, point. On peut rajouter le pourquoi, mais on n’est même pas obligés ! Du coup, ce n’est pas agressif et ça permet vraiment de faire passer tous les messages possibles :

« Dans cette famille, on utilise ni punition ni récompenses car on trouve qu’elles éloignent notre enfant de la responsabilisation et de l’apprentissage du véritable bien vivre ensemble ».

« Dans cette famille, on fait confiance à notre bébé pour qu’il se développe à son rythme, donc on ne le tient pas assis ni debout avant qu’il le fasse seul ».

« Chez nous, on accepte de prendre un peu plus de temps pour nettoyer le sol après les repas pour que notre bébé mange seul avec ses doigts et à son rythme. »

Pour les sujets où vraiment on ne transige pas, on peut être un peu plus ferme :

« Chez nous, la violence n’est tolérée sous aucune de ses formes et de la part de personne. On ne donne pas de fessée dans notre famille et on s’attend à ce que vous respectiez ce choix lorsque vous gardez notre enfant ».

D’une manière générale, un message passera toujours mieux s’il est formulé en « message-je » qui vous concerne, plutôt qu’en « message-tu » qui accuse… C’est l’un des principes de base de la communication non violente.

 

S’adresser à son enfant 

Ça, c’est une technique un peu lâche mais efficace, soit quand on ne veut pas froisser une personne qu’on apprécie par ailleurs, soit quand on ne peut pas se le permettre…

Cette personne intervient auprès de votre enfant d’une manière qui ne vous convient pas et, au lieu de la reprendre elle, vous vous adressez à votre enfant directement pour rectifier le tir. En bonus, si votre enfant a été un peu désorienté par une façon de faire inhabituelle, vous rétablissez le cadre qui vous correspond et il est rassuré de voir que les règles du jeu ne changent pas dès qu’il y a d’autres personnes, qu’il peut toujours vous faire confiance (très déstabilisant pour les enfants quand ce n’est pas le cas !).

⇒ Exemple : votre enfant est en train de s’essayer à grimper sur quelque chose et quelqu’un lui dit « Mais qu’est ce que tu fais comme bêtise ! Tu vas tomber ! Arrête ça tout de suite ! » vous pouvez dire à votre enfant « Mais qu’est ce qu’elle dit tata ?! Ce n’est pas une bêtise, c’est une exploration ! Ben oui, je comprends que tu aies besoin de tester tout ce que tu peux faire avec ton corps tout neuf ! Tata s’inquiète pour toi mais maintenant elle voit que tu es capable et moi aussi. Tu nous montres comment tu redescends ? »

Ça se décline aussi à l’infini, de la façon la plus douce à la plus ferme… Ceci dit, si on en arrive à « Mamie dit de la merde, ne l’écoute pas, tout ce qu’elle fait c’est pour faire chier maman et acheter ton amour ! », on a perdu sa bienveillance en chemin.

 

Utiliser l’humour et l’auto-dérision

J’adore cette technique, qui m’a été soufflée par une copine quand j’étais moi-même très déstabilisée par certaines « questions » de l’entourage, questions qui sont en fait souvent des moyens déguisés de formuler des petites critiques et de manifester sa désapprobation.

Elle est particulièrement adaptée à toutes les pratiques du maternage proximal (mais pas que !) qui font émerger les « Il faut couper le cordon » et autres variations sur le thème « cet enfant est trop fusionnel avec sa mère, ce n’est pas sain ».

Dans ces moments là, l’idée est de répondre avec humour en forçant le trait au maximum et en se tournant nous-mêmes en dérision, histoire de couper l’herbe sous le pied des critiqueurs. Avec un grand sourire !

Exemple :

Question : « Mais tu vas l’allaiter jusqu’à quel âge ?! »

⇒ Réponse : « Je ne sais pas trop… sûrement après le bac car si elle part faire ses études dans une autre région, ça risque de devenir compliqué ! ».

Question : « Mais il tète ENCORE la nuit ?! »

⇒ Réponse : « Oui, mais ce qui m’inquiète le plus c’est qu’il ne connait pas encore ses tables de multiplication ! »

Question : « Ah bon, il dort avec vous ? »

⇒Réponse : « Oh oui, sinon j’ai trop peur la nuit moi, pas toi ? ».

Question : « Mais comment elle va apprendre à marcher si tu la portes tout le temps ? »

⇒ Réponse : « Au pire si elle ne marche jamais, ce n’est pas grave je l’emmenai partout sur mon dos, il doit bien y avoir des porte-bébés pour tous les adultes qui n’ont jamais réussi à apprendre à marcher non ? ».

 

Bien-sûr, tout ceci se décline et se combine à l’infini …

Exemple : « J’aimerais que mon enfant ait un rapport sain à son corps et qu’il sache qu’il n’appartient qu’à lui. C’est pourquoi dans cette famille, on ne force jamais les enfants à embrasser pour dire bonjour ! Bébé Carrousel, tu peux envoyer un baiser ou dire bonjour avec ta main, comme tu préfères ! »

 

 

Remettre en cause le règne de l’enfant « sage »

 

Dans le genre remarques agaçantes et qui nous font douter, j’ai nommé toutes celles qui mettent en valeur l’enfant « sage comme une image », celui qui se fait oublier, qui ne dérange pas ses parents, qui ne pleure jamais, même nourrisson. C’est rageant car parfois, nous aussi on rêve de cet enfant facile qui ferait forte impression en société (comme un beau sac Chanel), mais pour ma part je prends le parti de dire haut et fort que je ne cherche pas à ce que ma fille soit « sage » et obéissante.

A l’origine, « sage » signifie savante, qui a la connaissance. Et un enfant qui sait pleins de choses, c’est un enfant qui a pu faire pleins d’expériences, de découvertes, qu’on a laissé libre de ses mouvements et de ses choix afin de développer son libre-arbitre… Bref, un vrai enfant « sage », c’est tout le contraire de l’enfant qui se tait, qui ne bouge pas et qui obéit au doigt à l’œil, comme on le laisse entendre! Oui, je veux que mon enfant soit « sage » au sens strict du terme, donc face à des remarques du type «  Tu as été sage chez mamie ? », « Sois sage à l’école ! », « Je ne joue pas avec une petite fille pas sage ! », voici ce que je vous propose de répondre :

« Etre sage, cela signifie savoir. Pour savoir, il faut pouvoir tester, expérimenter, explorer, poser des questions, discuter (= « répondre »), remettre en question, bousculer… et vivre surtout ! Donc oui, bébé carrousel, soit sage dans ce sens là, fais tout ce que tu as besoin de faire pour savoir et comprendre le monde qui t’entoure » avec un petit sourire en coin à destination de l’interlocuteur bouche bée.

Même chose pour toutes les agaçantes comparaisons de type « Dis donc, la fille de machinechose qu’est ce qu’elle est sage, on ne l’entend pas» ou autre « Elle a vraiment bien élevé son fils trucmuche, il ne bouge pas » …

« Ça doit être très pratique pour machinechose/trucmuche/toi, effectivement. Pour ma part, je n’attends pas de mon enfant qu’il ne bouge et ne parle pas, je préfère qu’il puisse faire toutes les expériences nécessaires à un développement physique et intellectuel harmonieux. »

Quand j’essaye de faire prendre conscience de l’aberration du lien logique enfant transparent = positif à mon interlocuteur, il m’est arrivé de pousser le bouchon en disant

«Ah ouais ? Chez nous, c’est Papa Ours qui est sage, c’est top, on ne l’entend pas ce mec ! »

Transposer ce qu’on impose à l’enfant à la même situation avec l’adulte, ça permet souvent de faire des petits électrochocs…

A son mari qui traine devant la télé… « Mais va au lit chéri ! JE TE DIS QUE TU ES FATIGUE ! Tu fais vraiment tout pour m’énerver  ou quoi! »

A sa grand-mère qui dit qu’elle est déprimée … « Tu as mangé ? Tu as fait caca ? Bon bah va pleurnicher dans ta chambre toute seule ! ».

A son frère qui prendrait bien du gâteau alors qu’il n’a pas fini son rosbif « Ah mais tu plaisantes j’espère ?! Alors comme ça on n’a soit disant plus faim pour le plat mais on veut du dessert ? Tu ne vas pas m’avoir comme ca ! »

A un invité qui a cassé un verre… « Mais quel maladroit, c’est pas possible ! Je n’ai pas que ça à faire de nettoyer tes bêtises, j’ai un gratin dans le four je te signale ! » 

Idem sur l’obéissance, la glorification de l’enfant qui « obéit au doigt et à l’œil », qui est docile, qui fait ce qu’on lui dit sans « discuter » ni « répondre »…. est-ce vraiment ce qu’on recherche pour nos enfants ?

« Ça doit être pratique d’avoir un enfant obéissant ! Pour ma part, vu le monde dans lequel on vit, je préfère développer les facultés de discernement et le sens critique de ma fille, histoire qu’elle ne tombe pas sous la coupe du premier guru venu, qu’elle n’envoie pas des photos de ses nichons sur snapchat au premier mec qui insistera un peu ou qu’elle ne se sente pas obligée de devenir la pute du mois en école de commerce pour rentrer dans le moule.  ».

Généralement ça calme (testé et approuvé) !

 

 

Les comparaisons

 

Que c’est relou, les comparaisons !

« Moi, je l’ai laissé pleuré 2 nuits et mon fils a fait ses nuits à 6 semaines ».

« Toi tu étais propre à 1 an, et tu n’es pas traumatisée »

« J’ai donné des fessés et mes enfants vont bien »

« Tu devrais faire comme ceci, moi j’ai fait comme ça et ma fille mange de tout ! »

« La fille de machine ne fait jamais de colères! »

Dans ces cas là, une simple phrase qui s’assaisonne à toutes les sauces :

« Chaque enfant est unique, tout comme chaque parent et chaque situation. Ca ne m’intéresse pas de savoir comment ça se passe chez les autres/chez toi/à ton époque parce qu’il n’y a qu’une chose qui compte pour moi : mon enfant et l’équilibre familial que nous construisons ensemble ».

 

D’une manière générale…

 

Plus globalement, il faut savoir choisir ses combats. Je vous ai concocté un petit schéma de rappel, à prendre avec humour et à diffuser.

Plus sérieusement, c’est important de distinguer les personnes qui valent la peine qu’on dépense notre énergie à expliquer le pourquoi du comment de nos choix, de celles qu’on ne reverra jamais ou qui ne chercheront jamais à comprendre. Faire la différence entre les remarques motivées par une réelle inquiétude (comme peuvent l’être celles de notre famille) ou une réelle curiosité, de celles qui sont là juste pour que la personne qui les prononce se sente mieux.

Quand on fait des choix éducatifs conscients (=pas ceux dont on hérite et qu’on reproduit sans se poser de questions), on a souvent très à cœur de les justifier, de les défendre bec et ongles, de convaincre nos interlocuteurs qu’on est dans le vrai. On a très vite envie d’évoquer les auteurs qu’on a lu, les théories qu’on a découvertes, les livres qu’on a lus, car ils nous ont tellement appris, transformés ! Mais c’est ouvrir grande la porte au fameux « on n’élève pas les enfants avec des livres » derrière lequel beaucoup aiment se cacher. Mieux vaut commencer par des phrases simples, courtes, dans lesquelles on s’approprie les théories. Des phrases qui montrent nos convictions, nos valeurs et notre engagement. Et sans critiquer la façon de faire de l’autre même quand ça nous brûle les lèvres….

Il y a des personnes qui ne veulent pas se remettre en question ou qui ne le peuvent pas, qui n’y sont pas prêtes. Le poids de leur histoire personnel est trop lourd, sans même qu’ils soient conscients de traîner autant de casseroles derrière eux. L’étincelle qui amorcera le changement doit venir d’eux, pas de vous. Vous, vous pouvez montrer l’exemple d’une autre façon de faire, et semer des graines de bienveillance…. En espérant qu’elles germent !

Il y a des personnes qui considèrent que l’âge et l’expérience leur donnent tout le savoir et qui auront toujours un « mais… » à vous opposer, qui ne peuvent pas vous laisser avoir le dernier mot. Elles sont restées dans le schéma de « l’adulte a toujours raison » (que la parentalité positive essaye de casser) et si vous êtes plus jeunes qu’elles, il n’y a aucune chance que vous gagniez.

Il y a des moments qui se prêtent à la discussion et d’autres pas. Je parle des moments de la journée, mais surtout des moments de la vie d’une personne. Des conditions extérieures qui font que le message ne va pas passer aujourd’hui, mais peut-être demain ou dans quelques années ?

La bienveillance éducative, c’est aussi réussir à porter un regard bienveillant sur les personnes qui ne la pratiquent pas et apprendre à voir derrière les « critiques », jugements et autres remarques, les histoires et besoins non satisfaits de chacun. On ne peut pas toujours le faire, on ne peut pas toujours être bienveillants, surtout quand nos petits utilisent déjà tous nos trésors de patience. Mais je suis convaincue que c’est la clé pour vivre sereine sa vie d’une manière générale : ne plus se sentir diminué, rabaissé, ébranlé, ou excédé par le regard d’autrui. Le jugement de l’autre est bien réel, motivé par tel ou telle raison, mais il appartient entièrement à l’autre, c’est son problème, pas le nôtre…

Bonne journée et… câlinez vous pour rester zen 😉

Maman Poule du Blog Happynaiss